départ tourmenté, dans la nuit vénitienne
(haïkus par 5-7-5)
Je repars de nuit,
A quatre heures du matin.
Sur les Zattere,
S’avance un couple.
Prend-t-il le motoscafo ?
Non, il marche au vent.
Vient un grand homme,
Lourd sac, casquette, pressé :
Un Américain ?
Salue en anglais,
Jette long sac à terre,
Vérifie l’heure.
C’est un Vénitien.
Habite au Dorsoduro,
Et part au Niger.
Causons écrivains.
Le bateau a gros retard.
Bavardons déserts.
Le voilà enfin !
Se jette contre ponton.
Marins excités,

Tendent sur jetée
Méchante planche tordue
Par fortes vagues.
Me prend valise
L’un, rubicond furibond.
L’autre tonitrue
De nous dépêcher.
Vais-je pouvoir traverser ?
Aucun parapet !
L’homme me pousse
Le marinier m’agrippe,
Ouf, je suis passée !
A toute allure,
On fonce à l’aéroport.
A bord, quel roulis !
Une heure et demie,
A travers la lagune,
A marche forcée !
Ah, me croirez-vous ?
Au moment où je l’écris,
J’en tangue, grisée !

© Chantal Robillard
photos : Veneziano et Silvano, du Campiello.